Le Matin vom 27.10.1999
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SUISSE | DROGUES

Champignons dans le box des accusés

En marge du procès de quatre dealers de psilocybes à Bremgarten (AG), c'est la nocivité de la substance psychotrope qui est dénoncée. Une première dans le pays

Zurich

Victor Fingal

Le procès exemplaire qui s'est ouvert hier devant le Tribunal de district de Bremgarten (AG) et qui devrait s'achever le 29 octobre a mis en évidence la nocivité des champignons hallucinogènes. Quant aux peines requises (entre 2 ans et demi et 4 ans de prison) par le procureur général argovien, Daniel von Däniken, elles devraient faire jurisprudence: aucun cas comparable n'a été jugé jusqu'à présent en Suisse.

Les quatre prévenus, âgés de 19 à 24 ans, ont vendu des kilos de psilocybes dans des magasins de chanvre et pendant des soirées goa. La sévérité des peines requises s'explique par la nature des produits vendus: des champignons dont les substances actives, la psilocybine et la psilocine, seraient beaucoup plus dangereuses que celles contenues dans les dérivés du cannabis. Un procès du même type est actuellement en préparation à Zurich.

Autres substances sujettes à caution, la mescaline et d'autres, issues de certains cactus d'Amérique latine, comme le peyotl. Des petites boutiques en vendent actuellement à Zurich sous le couvert de plantes ornementales. «C'est un défaut de l'actuelle loi sur les stupéfiants, confirme Hans-Ruedi Witschi, de la police municipale zurichoise. Mais les détenteurs de mescaline ou de poudre de champignon sont considérés comme des consommateurs de drogue. Même les petits coussins remplis de marijuana ne sont plus autorisés en vertu d'une décision du Tribunal cantonal. Reste que cela ne suffit pas pour clarifier la situation: il faudrait une décision claire du Tribunal fédéral.»

Et si par la suite les trafiquants, consommateurs et possesseurs de plantes ne sont pas condamnés? «Ce n'est plus le problème de la police, qui continuera d'intervenir. Mais celui de l'appareil judiciaire, qui décide en fin de compte de la culpabilité du prévenu.»

Dangereuses hallucinations

«Pendant toute l'année 1998, nous avons enregistré 22 cas d'intoxication grave aux champignons hallucinogènes. Cette année, au mois d'octobre, nous avons déjà dépassé la quarantaine.» Pour Monika Guirguis, du Centre national d'information toxicologique à Zurich, la déferlante d'angoissés sous influence de la psilocybine, la substance active du psilocybe, un champignon qui pousse aussi dans le Jura, n'est pas due à la récolte suisse. «Le psilocybe est aujourd'hui cultivé, et les amateurs l'achètent dans des officines ou via Internet.» Reste que les hallucinations provoquées par le champignon ne sont pas au goût de tous. «Tous les consommateurs ne font pas de mauvaises expériences, mais certains ont des crises de panique qui peuvent les conduire à se jeter en bas d'une fenêtre.» Et Monika Guirguis de rappeler que faire si l'on rencontre une personne sous influence: «Il faut la calmer et la placer dans un environnement rassurant. Il ne faut pas hésiter à appeler un médecin qui lui administrera une dose de calmant. Les effets de la psilocybine peuvent durer une douzaine d'heures, avec des flash-back, parfois plusieurs mois plus tard.»

V. F.

Marché organisé

Elles fleurissent autour des écoles, dans le quartier chaud de la Langstrasse et dans des ruelles excentrées. Aujourd'hui, plusieurs dizaines de petites boutiques de «plantes ornementales» narguent ouvertement les autorités à Zurich. «Les profits sont tels, commente Hans-Ruedi Witschi, de la police municipale, que l'un des gérants arrêtés nous a froidement annoncé qu'il rouvrirait sa boutique dès l'amende payée.» Quant à la psilocybine vendue sous la table, elle provient essentiellement de champignons cultivés. Ceux qui occupent actuellement le Tribunal de Bremgarten avaient poussé au Mexique et à Hawaii. D'autres consommateurs s'approvisionnent via Internet.
V. F.

 

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