| Le Matin vom 07.06.2000 |
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| SUISSE Champignons: verdict hallucinant PROCÈS À ZURICH - La Haute Cour du Tribunal cantonal a décidé que le psilocybe ne devait pas être considéré comme un stupéfiant. L'affaire ira au TF Zurich Victor Fingal Les magic mushrooms sont-ils pratiquement légaux? Une certitude, la deuxième instance zurichoise, la Haute Cour du Tribunal cantonal, a confirmé un jugement émis à la fin d'octobre par le Tribunal de district. Dans l'affaire du gérant d'un magasin ésotérique de Winterthour qui avait importé quelque 4 kilos de psilocybes, les juges ont estimé que le prévenu ne s'était rendu coupable ni d'une infraction à la loi sur les stupéfiants ni à celle sur les denrées alimentaires. «Nous n'avons pas l'habitude de commenter les décisions politiques ou judiciaires», précisait hier Martin Sorg, de la police cantonale zurichoise. «Reste que le psilocybe apparaît rarement dans nos statistiques, et nous nous concentrons sur la répression des drogues dures, héroïne et cocaïne, qui provoquent de graves dépendances.» C'est partiellement vrai. Lors d'une enquête précédente, «Le Matin» avait découvert que les limiers étaient intervenus une dizaine de fois en une année pour saisir des stocks de ce champignon dont les effets sont proches d'un autre psychotrope, le LSD. Mais les chiffres de la police cantonale ne sont guère révélateurs de l'ampleur du phénomène. Des officines vendent actuellement cette drogue, qui séduit de nombreux adeptes de la génération techno. Le hic réside dans l'arsenal légal limité à disposition des limiers: le champignon ne figure sur aucune liste noire, alors que la substance active qu'il contient est interdite. Le procès du magasin mystique de Winterthour vient de mettre une fois de plus en évidence des contradictions légales difficiles à gérer. Le procureur du ministère public, Ulrich Weder, a déjà annoncé son intention de recourir contre le jugement du Tribunal cantonal auprès de la plus haute instance suisse. Un avis que partage étrangement la défense: «Il serait bon que l'affaire prenne le chemin du Tribunal fédéral.» Selon Ulrich Weder, ce genre d'affaire pourrait être résolu facilement: il suffirait d'inscrire le psilocybe dans la liste des stupéfiants. Un avis que ne partage pas l'Office fédéral de la santé publique: «Ce n'est pas le rôle de l'OFSP, avait commenté George Amstutz, d'interdire tous les produits de la nature qui pourraient produire un effet.» --- LIRE EN PAGE 2 La drogue des hippies La psilocybine, substance active du champignon psilocybe, avait séduit la génération beat des années 60 et 70. Elle avait pratiquement disparu des marchés de la drogue avant d'effectuer son come-back parmi les adeptes de la techno. A Zurich, le «champignon magique» se vend autour des 100 francs les 10 grammes. Importé essentiellement des Pays-Bas, le champignon n'est pas considéré comme une drogue dure car il ne provoque pas de dépendance physique. Mais s'il est utilisé sans précaution, il peut conduire à des délires schizophréniques et a déjà débouché sur le suicide de jeunes consommateurs. Dans l'Amérique précolombienne, des sorciers l'utilisaient pour des recherches mystiques. Sur les bouses de vaches jurassiennes, où il pousse à la fin de l'été, il attire des champignonneurs d'un genre particulier et qui ne sont pas toujours du goût des chasseurs d'honnêtes bolets. V. F. |
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